Que personne ne se trompe. Nous ne sommes pas en train de vivre une période d’agitation sociale [menées par les] revendications des gremios. Nous vivons l’étape préparatoire de la guerre civile.

Qu’ils sachent que nous n’avons pas peur de la guerre civile. Nous ne voulons pas la guerre civile. Nous ne voulons pas la destruction et le sang que la guerre civile signifierait. Mais en même temps, nous ne sommes pas disposés à rentrer chez nous. Nous ne sommes pas disposés à annuler le processus. Nous ne sommes pas disposés à rendre aux patrons les usines, les terres et les banques. S’ils veulent les reprendre par la force qu’ils essayent. Nous les défendrons avec la force, puisque, le dialogue, apparemment, ne suffit pas.

Nous n’avons pas peur de la guerre civile. Durant ces deux années de transformations nous avons fait tout ce qui était humainement possible pour éviter la guerre civile. [Mais] s’ils insistent…

Il faut se souvenir de l’Allemagne [nazie]. Se souvenir de l’Italie [fasciste], de [la dictature militaire au] Brésil, de la Bolivie [sous la dictature militaire de Hugo Banzer Suárez], [du massacre des communistes en 1965 en] Indonésie. Spécialement, camarades, de l’Indonésie [et ses 500 000 à un million de morts]. Il n’y aura pas de pitié pour nous si nous perdons l’affrontement. Ils nous sortiront de chez nous et nous fusilleront sur les routes. Il n’y aura [personne] qui échappera à ce bain de sang. Et après viendront les années de dictatures, la misère pour les pauvres, la restitution des entreprises, des terres et des banques. Après l’ancien système reviendra, plus impitoyable que jamais.

Il y a des camarades au sein de la gauche qui ne comprennent pas ce qui se passe. Il y a des camarades qui ne comprennent pas encore la nature de l’ennemi que nous affrontons. Il y a des camarades qui assistent à l’enterrement d’un ouvrier communiste tué par balles, qui apprennent l’incendie de nos locaux, qui apprennent les manœuvres conspiratrices de [Roberto] Thieme [de Patrie et Liberté], de Marshall, d’[Alberto] Labbé [au PN], qui apprennent la préparation de mercenaires en Bolivie, qui voient la vague de grèves avec lesquelles le fascisme prépare le climat insurrectionnel. Et ces camarades ne se rendent pas compte qu’ils sont en train de connaître l’assaut fasciste pour le pouvoir. Ce sont les éternels pacificateurs de toujours. Ce sont ceux qui croient que le fascisme armé d’un fusil (laque) doit être approché désarmé, avec les bras ouverts, cherchant le dialogue. Ce sont les pacificateurs qui se couchèrent devant Hitler lorsqu’il envahit la Rhénanie, les Sudètes, la Tchécoslovaquie. Ce sont ceux qui se couchèrent lorsque Mussolini envahit l’Ethiopie. Ce sont les Chamberlain, voyageant morts de peur aux conférences avec Hitler, après chaque invasion nazie. Ce sont ceux qui livrèrent la France sans tirer une seule balle. Les éternels pacificateurs, les premières victimes. Ce sont ceux qui sont les vrais coupables de la Deuxième Guerre Mondiale, ceux qui ne se retroussèrent pas les manches quand il était encore temps.

La terreur paralyse. […] La terreur est une grande arme de combat, puisqu’elle immobilise la victime. Si certains des dirigeants de gauche laissent leurs organismes s’empoisonner avec le venin de la terreur, et, paralysés, n’osent se défendre, nous pouvons les assurer qu’ils ne sauveront pas leur peau.

Personne ne va sauver sa peau, même en étant très gentil dans cette période d’urgence. Personne ne la sauvera autrement qu’en luttant. Cela fait deux ans que nous savons tous dans quoi nous nous sommes mis. Le moment de payer la facture arrive tôt ou tard. Ceux qui trouvent le prix trop élevé comprendront qu’à cette hauteur personne ne peut sortir de la danse quand elle devient violente. Personne ne peut s’échapper parce que de toute façon eux ne les laisseront pas s’échapper. Notre pays est petit et nous nous connaissons tous. Il n’y ainsi pas à se bercer d’illusions. Il faut serrer les rangs et se préparer à ce que veulent les fascistes. Et surtout, il ne faut pas prêcher le défaitisme. Ne pas (…) pleurnicher de ce que les choses sont laides[, mais] occuper, tous, joyeusement, les postes de combat.

Une dernière chose. L’attitude énergique ne doit pas venir seulement du gouvernement. L’attitude énergique est un devoir pour le gouvernement et pour le peuple conjoints. Le résistance au fascisme est une tâche partagée. Peuple et gouvernement unis, nous pousserons le fascisme à la défaite.

Pour ceci, nous devons tous occuper joyeusement nos postes de combat. Et sans pleurnicheries.

La Aurora de Chile, 31/05/1973