Un mardi comme un autre pour le Chili de 1973 (…) : Patrie et Liberté, depuis la clandestinité dans laquelle ses membres étaient passés depuis peu, non contents d’avoir éteint une grande partie du Chili, la veille, par un vaste attentat, annoncèrent que leur « trêve » était terminée ; le PS et le PC rappelaient à Salvador Allende dans une déclaration commune, que le processus révolutionnaire devait continuer et s’appuyer sur le peuple, ou, autrement dit, « trêve de palabres avec la DC, basons-nous sur le pouvoir populaire pour avancer » ; les transporteurs grévistes conditionnaient la fin de leur action à l’obtention préalable d’un accord acceptant les 14 points de leur pétition. La demande fut nouvelle, puisqu’il s’agissait auparavant, officiellement, d’un conflit de personne qui avait été réglé par le remplacement de l’interventor chargé des négociations, Faivovich, par un militaire. Coup de théâtre sans doute décidé en coulisse, via un autre militaire, Patricio Carvajal demandant régulièrement à León Vilarín, responsable du gremio des camionneurs déjà à la tête du mouvement d’octobre, de faire tenir le plus longtemps possible cette grève. Pour des questions de survie dans le pays, il fallait pourtant aller très vite… Mais, se souvenaient les deux hommes, les marxistes n’ont-ils pas enseigné que pour qu’un système crève plus vite (quand bien même son écroulement serait inéluctable), il fallait bien se garder de le secourir, quitte à appliquer à court terme la politique du pire, c’est-à-dire quitte à nuire provisoirement au peuple au nom de son bien à venir ? Les voilà qui se sentaient des âmes de révolutionnaires. Avant même les révolutions conservatrices américaine et anglaise, qui mettraient sur pied cette autre internationale, celle de l’exploitation néo-libérale, dont le Chili n’allait pas tarder à être le premier laboratoire, via la mainmise des Chicago Boys sur l’économie du pays, avec Pinochet à la baguette de ce requiem.

Au fait, le 11 septembre 1973 était aussi un mardi. [1. XVI §4]

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