“Et pourquoi pas l’Argentine ?” a-t-elle dit. Eh oui, pourquoi pas ? Nous avions nos passeports, nous sommes partis par la Cordillère vers San Carlos de Bariloche. Le temps d’aller faire tamponner nos papiers officiels par quelques parasites tout aussi officiels, nous voilà de l’autre côté de la frontière à chanter “No milk today”1 de Herman Hermits à tue-tête, en pensant aux pauvres Chiliens que nous laissons derrière nous, leurs files d’attente sans fin2 et sans grande assurance d’obtenir quelque chose, leurs paniers populaires, le rationnement, cette misère qu’ils sont, du moins un gros tiers, fiers d’avoir votée et qu’ils revoteront peut-être encore dans huit jours, les nigauds.

Ma Bande Sonore

Notes

  1. Juan est cependant d’une légère mauvaise foi en s’en prenant au lait comme exemple du non-approvisionnement des magasins chiliens sous l’Unité populaire. En effet, la proposition 15 du programme de cette coalition politique en 1970, consistait à donner une ration quotidienne d’un demi-litre de lait aux enfants à l’école, aux femmes enceintes et aux nourrissons. Il semble que cette promesse ait été tenue, y compris grâce à la collaboration des pauvres Cubains qui ont vu leur propre ration diminuer d’un provisoire qui s’avéra au final être un définitif
  2. Au point que les Chiliens ont créé des professions nouvelles autour de ce phénomène tant social qu’économique (comme si les deux pouvaient être séparés) : le colero. Et que les journalistes y trouvent des gens inoccupés qu’ils ont tout le temps de sonder : cf. “La file d’attente pense