Archives par mot-clé : Rock anglophone

Angie des Rolling Stones

« C’était à prévoir et j’avoue même qu’il m’aurait déçu s’il n’avait pas agit ainsi, mais [il] me donne du fil à retordre. Il écoute “Angie” des Rolling Stones en boucle sur le radiocassette, donc Dieu sait si c’est pénible de remonter la bande sans savoir exactement où l’arrêter, de réentendre cents fois la fin de la chanson précédente, et …

— [Hey], je pense qu’on connaît la chanson, là, non ?
— Attends un peu, cela fait des mois que j’attends la sortie de Goats Head Soup ! Peut-être que pour toi du haut de ta superbe achronie tu n’en peux plus d’entendre cette chanson vieille comme le monde, mais pour moi, en ce 09 août 1973, c’est tout nouveau ! »

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Keep Yourself Alive des Queen

« Je le vois arriver au loin, du moins je le devine d’abord puis le discerne peu à peu, et au fur et à mesure qu’il approche je ne peux plus me tromper, c’est lui bien qu’il soit habillé très différemment du style que je lui connaissais…
— Dom’, quel plaisir ! Qu’est-ce que c’est que toutes ces couleurs sur toi ?
— La preuve que je suis heureux et que je n’ai pas envie de le cacher. Comment vas-tu ?
— Ça dépend à qui je me compare… Plutôt bien si je fais la moyenne. Qu’est-ce que tu deviens, dis-donc, tu me parais changé.
— Sans doute. Je me suis trouvé.Plein de choses ont changé depuis la dernière fois où l’on s’est vus !

Mon banquier a l’air euphorique, son regard est brillant, ses gestes amples et rapides, je croirais voir devant moi un homme nouveau. Continuer la lecture de Keep Yourself Alive des Queen

Come Together des Beatles

« Pucón – Futrono ce n’est pas le plus long à faire : 175 km c’est deux fois la même cassette des Beatles, avec quelques répétitions des chansons que nous préférons, dont “Come Together” qui parle de notre « ensemble » à nous, ce duo à mille harmonies qui n’en font qu’une seule, belle, rayonnante, complice. On referait le chemin retour rien que pour continuer à chanter encore avec cette femme, même les Beach Boys, adversaires défaits de la bande à Lennon et McCartney, ou Elvis Presley, ou même Claude François. Enfin Claude François vraiment si elle est très gentille et qu’on est d’excellente humeur. C’est dur, cela dit, de ne pas l’être à ses côtés. On risque donc d’être gâteux.

J’aime en tout cas découvrir cette petite ville au pied du volcan, laisser mes souvenirs se charger d'[elle], de son parfum, de son rire, de la couleur de ses yeux, et associer dans des synesthésies impérissables cette ville avec cette femme, comme pour le reste du voyage. »

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No milk today de Herman Hermits

« “Et pourquoi pas l’Argentine ?” a-t-elle dit. Eh oui, pourquoi pas ? Nous avions nos passeports, nous sommes partis par la Cordillère vers San Carlos de Bariloche. Le temps d’aller faire tamponner nos papiers officiels par quelques parasites tout aussi officiels, nous voilà de l’autre côté de la frontière à chanter “No milk today”[1] de Herman Hermits à tue-tête, en pensant aux pauvres Chiliens que nous laissons derrière nous, leurs files d’attente sans fin[2] et sans grande assurance d’obtenir quelque chose, leurs paniers populaires, le rationnement, cette misère qu’ils sont, du moins un gros tiers, fiers d’avoir votée et qu’ils revoteront peut-être encore dans huit jours, les nigauds. »

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  1. [1]Juan est cependant d’une légère mauvaise foi en s’en prenant au lait comme exemple du non-approvisionnement des magasins chiliens sous l’Unité populaire. En effet, la proposition 15 du programme de cette coalition politique en 1970, consistait à donner une ration quotidienne d’un demi-litre de lait aux enfants à l’école, aux femmes enceintes et aux nourrissons. Il semble que cette promesse ait été tenue, y compris grâce à la collaboration des pauvres Cubains qui ont vu leur propre ration diminuer d’un provisoire qui s’avéra au final être un définitif
  2. [2]Au point que les Chiliens ont créé des professions nouvelles autour de ce phénomène tant social qu’économique (comme si les deux pouvaient être séparés) : le colero. Et que les journalistes y trouvent des gens inoccupés qu’ils ont tout le temps de sonder : cf. “La file d’attente pense

Voodoo Child de Jimi Hendrix

« 19h50. Réglés comme des horloges suisses, les González du dessus célèbrent leur culte quotidien de l’abrutissement de masse en regardant « Simplemente María » sur Canal 9. En bons prosélytes, ils essayent de convertir les autres en leur fournissant le son, dans l’espoir, sans doute, qu’ils n’en puissent plus de frustration et s’achètent comme eux une machine à vous figer dans le sofa d’où ils pourront suivre aussi en images les aventures trépidantes de cette gentille gourde attendrissante débarquée dans la capitale.

Je devrais aller leur faire manger leur appareil de malheur pièce par pièce mais ayant gardé de la France l’idée qu’on ne badine pas avec la gastronomie, je décide d’opter pour une technique qui pourrait très bien faire ses preuves : la contre-nuisance. Et pour cela je vais opposer à leur faible María un très couillu Electric Ladyland de Jimi Hendrix, importé exprès pour moi des Etats-Unis par un ami amateur de sons organisés. C’est bien bruyant et sale, c’est parfait ! Un coup de “Voodoo Child” en première sommation et tant pis – ou tant mieux – si je ne peux continuer la pesante lecture de la Métaphysique des mœurs du plus grand briseur d’engeance à l’état liquide que la Germanie ait vu naître.  »

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Dream on d’Aerosmith

« La tête du tourne-disque se pose sur le disque, le groupe s’appelle Aerosmith, la chanson du 33 tours “Dream on”. Je découvre.

Sing with me, if it’s just for today
Maybe tomorrow the good Lord will take you away…

Foutue soirée. Et Gladys ? Les enfants sortis de nulle part. Camila et ses combats. La mère de Camila et ses bourgeoises d’amies, et le temps qui ne fait rien à l’affaire… Il faudrait un grand tremblement de terre qui emporte tout ça, qu’ils soient ensevelis avec leurs bannières, qu’on les achève à coup de faucilles, de francisques, de baisers, si seulement je pouvais faire vibrer cette musique plus fort, plus fort des milliers de fois : Dream on ! Dream on ! Dream on. ! Et la déclencher moi-même cette secousse catastrophique qui nettoierait le pays de tout ce désastre humain, de leurs rancœurs, enfin de la vraie agitation, de la casse de première classe, on ferait une grande arche où seuls pourraient entrer ceux qui savent que c’est

Sing for the laughter and sing for the tear

après

Sing with me, sing for the year

J’espère que Luz la connait la chanson, il faudra que je lui prête le disque, il faut que je la revoie, n’est-elle pas un peu comme ma fille adoptive, mon espoir, celle à qui je voudrais léguer tous mes livres, mes souvenirs, la seule digne de les connaître ? »
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Radiocassette 1973 : Clapton, Scorpions et Neil Young

« Ma valise est pleine d’argent (…). [Elle] est dans le coffre de la 504. La 504 est sur la route de Valdivia, après un contrôle à la sortie de la ville, [une femme] à mes côtés, et Santiago derrière, mais loin derrière, pas sur le siège arrière. Elle écoute avec étonnement les dernières cassettes que j’ai reçues depuis les USA : des vieux Eric Clapton puisque Monsieur fait une dépression, le dernier Neil Young (Harvest – sans intérêt), un jeune groupe allemand, Scorpions (Lonesome Crow – très, trop, dans l’air du temps mais appréciable) ; j’ai surtout voulu que ce voyage ne soit pas une seconde édition [de l’autre], je ne veux pas être tenté de comparer les femmes, ne pas avoir de souvenir qui revienne par effraction à l’occasion d’une chanson, d’un lieu… »

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Riders on the storm des Doors

« La 504 est chargée, brillante, la clef tourne, le moteur démarre, la route est ouverte. Direction Valparaíso. Le macadam est nouveau, comme la voiture, ils semblent s’entendre. Plus ça va vite, jusqu’où plus ?, plus je prends du plaisir, et qu’importe le rodage, il parait que j’ai enfanté à mes premiers coups de fusils alors qu’ensuite, après bien des batailles, rien n’est sorti vivant de mon corps : si ma voiture est la mienne elle doit aussi commencer sur les chapeaux de roues. Il faut dire aussi que j’ai importé des toutes nouvelles cassettes chromes d’Europe et que, avec l’impression d’être seul au monde dans la nuit qu’éclairent à peine les phares de mon engin, “Riders on the Storm” des Doors me fait perdre l’idée du temps et du contrôle de la vitesse. Aucune tempête évidemment à signaler, mais sortir de Santiago et de son bruit est un peu comme échapper au cataclysme lent, moins visible, plus profond, des événements en train de tirer le pays vers le bas. »

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