Archives par mot-clé : Nouvelle Chanson Chilienne

Gracias a la vida de Violeta Parra

« Je n’ai pas plus d’illusions sur votre génération que sur les autres. Je retrouve dans votre immaturité celle qui était la nôtre, et je ne vous la reproche pas : sérieux vous me paraitriez être des monstres. Les hommes n’apprennent pas. Ils ne savent se protéger d’eux-mêmes. Ne me croyez pas sceptique pour autant : les hommes ont ce génie spontané et collectif de toujours s’en sortir malgré eux. Si vous me permettez un pronostic, de longues lignées de grincheux et de misanthropes nous attendent encore pour témoigner, à leur corps défendant, que nous nous survivons toujours. »

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Me gustan los estudiantes de Violeta Parra

J’aime les étudiants
Qui rugissent comme les vents
Quand ils crient dans les tympans
Des soutanes ou des régiments
Petits oiseaux libertaires
Qui sont bien chez eux dans l’air
Et font les choses avec passion
Et vive les expérimentations !
Violeta Parra, « J’aime les étudiants » (1960-1963)[1]

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  1. [1]« Traduire, c’est trahir », mais ne pas modifier allégrement, pour les besoins des rimes, une chanson qui parle de la liberté de création et de l’impertinence des étudiants serait un peu la trahir, non ? [Note que personne n’a souhaité assumer…]

Tatatí d’Inti Illimani

« … en profiter parce que je suis seul ce soir à l’Auditorium de l’Institut Chileno-soviétique, 20h, à attendre le début du concert d’Inti-Illimani prévu pour 19h, rue Ejercito, n°57, mais qui ne devrait pas tarder, couvre-feu oblige : il ne s’agit pas de mettre les camarades en danger.

Deux jours deux concerts, donc. Je ne suis pourtant pas un mélomane sans conscience. Je dois bien découvrir les groupes phares de la culture révolutionnaire chilienne, même si j’ai déjà vu celui-ci au marathon anti-fasciste, il y a une semaine. Et puis l’Art est une branche de l’action politique, elle véhicule une vision du monde. Elle n’est jamais neutre car même l’absence de propos engagé est significative. Un militant reste donc un militant même lorsqu’il souffle et prend du plaisir. Comme moi ce soir. »

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Yo vengo a contar de Tito Fernández

« [Le] concert [de Tito Fernández] se déroule presque sans discours, puisque un concert de chanteur engagé n’est pas entièrement un meeting politique, mais n’est pas non plus trop éloigné de la réalité quotidienne que nous vivons actuellement. Enfin c’est une soirée de “répit” tout de même : nous ne déchargerons pas de vivres, nous n’assurerons pas de tour de surveillance à veiller sur les fabriques tenues par les camarades pour les protéger des attentats fascistes, si nombreux en ce moment, nous n’irons pas non plus dans des files d’attente pour se procurer de quoi vivre. La femme que j’aime se tient accrochée à mon bras. Ce n’est pas un engagement d’une grande force mais déjà un pas discret, la première manifestation publique de notre rapprochement intime. Je suis heureux et fier d’être à ses côtés. Car je ne suis ici non pas comme en représentation avec ma bourgeoise, porteuse d’héritiers et de bijoux qu’on arbore pour la montre, mais comme le compagnon d’une porteuse de projets, de rêves, d’actions sociales, de vraies, de profondes, et pas simplement du supplément d’âme et de la charité vaniteuse à la manière du catholicisme social. »

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Víctor Jara, la población

« Une fois le thé préparé et versé dans les tasses, elle met sur le tourne-disque de la maison, sous nos yeux admiratifs, transis dans l’attente frénétique de découvrir ce disque produit par les camarades éditeurs de la Discoteca del cantar popular (DICAP). Crépitements du rond noir, chant d’un coq. La guitare commence en arpège et une voix de femme accompagne la première chanson. Nous resterons ainsi une heure à nous regarder dans un silence qu’aucun n’aurait le mauvais goût de rompre. Comme un rituel partagé, une religion qui ne pousserait pas ses fidèles à se tourner vers le froid d’icônes de bois, mais à nous relier les uns les autres par des regards. La main du mari qui tient celle de sa femme et qui chantent l’amour sans ouvrir la bouche, parce que celui-ci est au-delà de leurs visages un peu sales, de leur odeur forte de travail et de cuisine, par des sourires qui s’appellent les uns les autres, se nourrissent des uns des autres comme un terreau mutuel. Un arc-en-ciel qui ne peut être beau que par la contribution de tous et demeure incomplet par l’absence de la moindre couleur, par ces notes qui résonnent bien que je ne comprenne pas toutes les paroles… Continuer la lecture de Víctor Jara, la población

Víctor Jara, Yo no canto por cantar

La porte s’ouvre.
— Allez, Jara, sors de là, on a hâte de t’entendre ! On va voir si tu cries mieux que tu ne chantes !
Il s’exécute sans rien dire, et lorsqu’il passe dans la lumière je reconnais sa silhouette si fameuse au Chili, les traits tirés, blanc. Le regard fatigué, plein de tristesse et peut-être de pitié qu’il me lance me pénètre. Je discuterai avec lui lorsqu’il reviendra.

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Venceremos

« Les Chiliens, ouverts et désireux de faire partager les richesses de leur patrimoine, m’ouvrent leur bras, me font goûter, m’expliquent, me prennent par la main. La ferveur populaire de ce matin, la fierté devant les armes qui les protègent, a laissé place cet après-midi, à la solidarité et une fraternité que nous avons perdue en France quelque part dans la honte de notre confort sans grandeur et de nos vils agissements colonialistes. J’entonne le « Nous vaincrons » de la campagne des présidentielles de 1970, il y a deux ans déjà, seulement, bras-dessus bras-dessous avec un groupe de jeunes que je croise au milieu des fondas animées et gaies. » Continuer la lecture de Venceremos