Archives par mot-clé : Chanson française

San Francisco de Maxime Le Forestier

«  En première partie nous découvrons un homme assez charmeur, malgré sa barbe épaisse et ses longs cheveux n’importe comment, un certain Maxime Le Forestier dont la chanson « San Francisco », sur son expérience de vie bohème aux USA, est très jolie, ainsi que « Mon frère », qui me touche personnellement. A 20h30, dans une salle pleine à craquer nous avons le droit à du bon Brassens, alors que pendant ce temps le ministre de l’économie, Valery Giscard d’Estaing, s’exprime sur les deux premières chaines, sur les questions de l’emprunt d’Etat prévu pour le 16 janvier, la baisse de la TVA et la lutte contre l’inflation. Ou que J.J. Servan-Schreiber critique la tenue de l’Internationale socialiste à Paris,  prochainement, qui intervient en pleine campagne pour les législatives de mars (ici aussi !) et va influer en faveur du programme commun des socialistes de Mitterrand et des communistes de Marchais. »

Bande Sonore du Texte >

Les passantes de Georges Brassens

« Suis-je tombé sous le charme de cette femme ? Oui. Ce qui devait n’être qu’un échange de quelques minutes fut une communion de quelques heures qui passèrent comme quelques secondes. Nous avons chastement mêlé nos vies comme si nous étions les deux derniers êtres humains du monde et que nous devions mourir en atterrissant. Ce qui était sans doute vrai de notre amour soudain et sincère car en suspens entre tout, les continents, la responsabilité d’une relation suivie, sans passé sans avenir juste un présent aussi fort qu’évanescent, et qui devait sans nul doute ne pas se prolonger au-delà des portes de l’aéroport Arturo Benítez. Continuer la lecture de Les passantes de Georges Brassens

Le déserteur de Boris Vian

« — Vous seriez parti [pendant la Deuxième Guerre Mondiale] sans défendre la France qui a été votre terre d’accueil ?
— Sans la défendre, en effet. J’aurais chanté « Le déserteur » de Vian en passant en Angleterre et de Londres à New York dans un pays qui n’avait encore que faire de ces chamailleries d’Européens. Je n’ai pas d’avis sur la France, vous savez. D’une part c’est mon pays, un pays libre où les gens ont le droit de se déplacer où ils veulent ou de s’exprimer comme ils veulent même si c’est pour dire des âneries. Je suis franco-espagnol, et je connais l’Espagne seulement comme le pays fantasmé de mes parents. J’imagine Cordoue comme un royaume arabe antique construit autour de la Mezquita. Il m’arrive d’avoir la nostalgie de cette inconnue. Et la France a-t-elle plus de réalité pour moi ? Que veut dire « la France » ? C’est le pays de Pétain et de De Gaulle, on peut toujours diagnostiquer le meilleur comme le pire, selon ce que l’on cherche à voir. Et quel Pétain, par exemple ? Celui de la Première ou de la Deuxième Guerre Mondiale ? Le héros national ou l’homme controversé ? Pétain 1941 annule-t-il Pétain 1914 ? C’est quoi défendre la “France” ? Alors que cela fait quatre ans que je vis au Chili. Je me sens de plus en plus Chilien. S’il y a un tremblement de terre, j’ai peur pour mes amis, mes collègues, j’entendrais les gens dans la rue, je verrais les conséquences de tout ceci. C’est ça participer à la vie d’un pays, je pense.
— Participe vraiment celui qui ne peut quitter le navire quand il coule, et qui doit le réparer de l’intérieur sans possibilité de s’échapper. »

Bande Sonore du Texte >

Les bourgeois de Jacques Brel

« Pour un mythe que vous écornez, ce sont deux autres qui sont fabriqués par la machine à manichéismes arrangeants. C’est comme une hydre ! Alors à quoi bon alors jouer les Quijote avec Du bon côté du fusil ? C’est ingrat et fragile, en plus, cette position, vous le savez bien ! Il y aura toujours des petits « jeunes peignes-culs qui [v]ous montrent leur derrière » en sortant de chez la Montalant, vous connaissez la chanson, qui ont besoin de faire carrière et n’ont rien d’autre à faire pour le moment que de souligner vos contradictions, de remarquer que vous n’êtes pas si rigoureux que ça, que, eux, vous ont mieux compris que vous-même, qu’ils vont faire du super-vous-même, et qu’il faut donc les écouter, eux, maintenant… C’est mal payé l’honnêteté, qui l’ignore encore ? »

Bande Sonore du Texte >

La non-demande en mariage de Georges Brassens

« Nous mangeons le soir dans un restaurant du coin, charmant, rustique et chaleureux où une guitare attend tristement qu’on s’occupe d’elle. [La femme avec qui je suis] aimerait que je lui chante quelque chose en français. Sa demande est formulée avec une telle simplicité, sans la moindre trace qui mènerait à un caprice, permettant qu’on le lui refuse sans faire planer l’ombre d’un chantage affectif, juste comme une invitation à la rendre heureuse, simplement, que j’ai envie de lui faire plaisir ; sa gentillesse et sa spontanéité ont fait son désir mien.  Alors, après quelques refus rieurs et coquets de ma part (les femmes sont-elles les seules à pouvoir se faire prier ?), puis l’accord du maitre de maison qui manifeste à cette idée le même enthousiasme que ma maîtresse, je pose la guitare dans mes bras et l’accorde, la guitare − cette femme et moi sommes depuis le début au diapason l’un de l’autre − à son tour. Puis improvise un concert minimaliste à chanson unique pour un public affairé à manger et une femme qui me déshabille de ses grands yeux, tant que c’en est presque gênant. Je commence :

Ma mie, de grâce, ne mettons
Pas sous la gorge à Cupidon
Sa propre flèche,
Tant d’amoureux l’ont essayé
Qui, de leur bonheur, ont payé
Ce sacrilège… etc.
Georges Brassens, « La non-demande en mariage » [1966]

Elle ne comprend rien de ce que je raconte, la pauvre, mais s’en satisfait alors qu’elle rougit un peu et que ses dents et ses yeux rivalisent pour pétiller. Le Temps est taquin, ma chère, (…) mais nous le prenons par les cornes, il fulmine tout autour de nous pendant que nous sommes heureux, petits sucres en train de fondre au rythme qu’ils ont décidé. Et puis je suis un peu vengé en te chantant des fausses romances que tu imagines sûrement d’une autre teneur. »

Bande Sonore du Texte >

Boris Vian, Une bonne paire de claque

« Mais voilà nous repartirons solitairement notre pierre sur le dos. N’est-elle pas moins insupportable imprégnée de l’amour de ton frère ? Et pourtant pourquoi ressenté-je un peu de sommeil à cette heure tardive et tragique, pourquoi ce plaisir morbide à te voir réduit, pourquoi ce détachement ? Pourquoi ne puis-je abandonner mon être, ma voix intérieure et qui glose pendant que tu t’effondres. Que nous servirait d’être deux dans une même voix, quel manque d’espace ! Mais pourquoi ce gouffre à la place ? Pourquoi nos solitudes ?, l’ancrage définitif dans le ratage. Il n’y a pas à juger, c’est ainsi fait et faisons avec, mais quand même le droit de se demander.
— Allez viens boire un coup, tu te déshydrates à tant pleurer. Réchauffe-toi un peu. Allez viens, Jean, « t’es pas tout seul, il me reste ma guitare, je l’allumerai pour toi et on sera Espagnols » ! Ça te dit quelque chose…
— Je ne sais pas si j’en ai envie… Continuer la lecture de Boris Vian, Une bonne paire de claque

1972 : les premiers pas de Maxime Le Forestier

En 1972, un jeune chanteur-auteur-compositeur de 23 ans sort Mon frère, son premier album studio.

Celui-ci contient quelques tubes de celui qui fera une belle carrière par la suite comme « Mon frère », « Éducation sentimentale » ou « San Francisco ».

Du 10 octobre 1972 jusqu’au 7 janvier 1973, il assure, en alternance Philippe Chatel et Pierre Louki, la première partie à Bobino de son idole Georges Brassens, concert que va voir un de mes personnages lors de son séjour hivernal en France, d’où la présence de Le Forestier dans la bande sonore du texte. Révolté par le prix de ses places de concerts qu’il estime trop élevé, Le Forestier imposera des places à 10 francs.

A noter qu’en 1975 Maxime Le Forestier enregistrera, avec Colette Magny et la chanteuse Mara, un album en solidarité avec les victimes de la dictature militaire au Chili intitulé Un peuple crève.
22342645

Et mon père de Nicolas Peyrac

Aragon dans les années 70, avec ses cheveux longs

Terminant le chapitre consacré à Louis Aragon, dans la troisième partie de Adiós, Poeta… Pablo Neruda y su tiempo [1990] de Jorge Edwards, qui revient sur les dernières années du poète français et communiste, après la mort d’Elsa Triolet, je n’ai pu m’empêcher de repenser à cette chanson de Nicolas Peyrac, sortie en 1975, soit quatre ans après les faits que relate l’écrivain chilien et actuel ambassadeur de son pays à Paris, et qui nous replace bien dans le contexte de l’époque. Bonne écoute !