Ismaël Valdés Vergara 296

1973 :

Je suis donc là sur mon banc vert, seul, dans le Parque Forestal, face au bâtiment d’Ismaël Valdés Vergara 296,  attendant de voir de la lumière chez Gloria, humilié de ma position d’infériorité à regarder obsessivement d’en bas le septième étage, sans doute observé par quelques membres du GAP, amusés et prêts à m’abattre au moindre geste étrange, connards, tout en faisant vaguement semblant de lire un journal, une heure par page et à la nuit tombante, lorsqu’elle apparait avec le Président de la République sur le balcon (comment ne pas reconnaître même à trente mètres le petit binoclard ?). Tout mon corps se raidit, mon sang semble s’être enflammé, mon cœur bat frénétiquement comme sur une enclume qui forgerait une lame de haine que mes yeux plantent déjà dans les côtes de cette femme. La voilà morte pour moi, il faudra l’oublier vite, de toute façon je l’ai déjà épuisée, passons aux prochaines. Elles seront liées à lui, il ne paye rien pour attendre le vieux playboy de la Moneda.

Jusque-là tu m’étais indifférent, non j’avais même de l’affection pour toi, grand cocu de la révolution, manipulé par les uns et les autres, mais en venant sur mon terrain, en me faisant moi-même “cocu” ne serait-ce qu’avec une maîtresse, tu t’es fait un ennemi de plus… et je t’assure que dorénavant tu vas venir ensemencer des terres que j’aurais déjà irriguées ; j’espère que mon parfum te plaira… Allez M. Fourier reprenons ensemble votre liste, nous aurons à y rajouter bientôt le cocu concurrent !

Et voici à quoi ressemble ce bâtiment en 2013 :

2013-02-15 19.34.26 2013-02-15 19.34.34

Qui sait si d’autres amants jaloux ne sont pas sur le même banc en train d’épier une femme en se promettant de se venger ?

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