Suis-je tombé sous le charme de cette femme ? Oui. Ce qui devait n’être qu’un échange de quelques minutes fut une communion de quelques heures qui passèrent comme quelques secondes. Nous avons chastement mêlé nos vies comme si nous étions les deux derniers êtres humains du monde et que nous devions mourir en atterrissant. Ce qui était sans doute vrai de notre amour soudain et sincère car en suspens entre tout, les continents, la responsabilité d’une relation suivie, sans passé sans avenir juste un présent aussi fort qu’évanescent, et qui devait sans nul doute ne pas se prolonger au-delà des portes de l’aéroport Arturo Benítez.

Et pourtant. J’ai eu envie de la revoir, de la connaître, de foutre en l’air tous les « ce serait mieux » et de leur marcher dessus, de m’engager dans ce possible et de voir jusqu’où il m’emporterait, d’avancer dans la vie en brûlant tous les ponts que j’aurais à franchir, pour empêcher toute tentation de retraite, et s’il faut revenir aux mêmes endroits que ce soit par des routes différentes ! Oui, j’ai aimé cette femme et je l’ai perdue en même temps que je retrouvais ma valise. C’est ainsi voyager : croiser de multiples univers et les perdre presque tous, inexplorés. […]

A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu’on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu’on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré la main.
« Les passantes », poème d’Antoine Pol, mis en musique par Georges Brassens en 1972.

Oui, j’ai perdu Tania. Comme je n’ai jamais revu la fille de la librairie, sirène enchanteresse chez qui je n’aurais pas eu l’occasion d’échouer. D’un grand soupir faire un cyclone qui balaye tous les regrets. Allez : « les charmes de la passante sont généralement en relation directe avec la rapidité du passage » ? Ithaque est brûlée. Télémaque n’est pas née et Pénélope… Oh Pénélope, pourquoi est-elle si fidèle ? « Tu es l’homme de ma vie » m’a-t-elle dit un jour, et quel respect pathologique l’oblige à rester entêtée dans cette idée ? L’homme de sa vie… Si déjà je pouvais être celui de la mienne…

Ma Bande Sonore