— Vous seriez parti [pendant la Deuxième Guerre Mondiale] sans défendre la France qui a été votre terre d’accueil ?
— Sans la défendre, en effet. J’aurais chanté « Le déserteur » de Vian en passant en Angleterre et de Londres à New York dans un pays qui n’avait encore que faire de ces chamailleries d’Européens. Je n’ai pas d’avis sur la France, vous savez. D’une part c’est mon pays, un pays libre où les gens ont le droit de se déplacer où ils veulent ou de s’exprimer comme ils veulent même si c’est pour dire des âneries. Je suis franco-espagnol, et je connais l’Espagne seulement comme le pays fantasmé de mes parents. J’imagine Cordoue comme un royaume arabe antique construit autour de la Mezquita. Il m’arrive d’avoir la nostalgie de cette inconnue. Et la France a-t-elle plus de réalité pour moi ? Que veut dire « la France » ? C’est le pays de Pétain et de De Gaulle, on peut toujours diagnostiquer le meilleur comme le pire, selon ce que l’on cherche à voir. Et quel Pétain, par exemple ? Celui de la Première ou de la Deuxième Guerre Mondiale ? Le héros national ou l’homme controversé ? Pétain 1941 annule-t-il Pétain 1914 ? C’est quoi défendre la “France” ? Alors que cela fait quatre ans que je vis au Chili. Je me sens de plus en plus Chilien. S’il y a un tremblement de terre, j’ai peur pour mes amis, mes collègues, j’entendrais les gens dans la rue, je verrais les conséquences de tout ceci. C’est ça participer à la vie d’un pays, je pense.
— Participe vraiment celui qui ne peut quitter le navire quand il coule, et qui doit le réparer de l’intérieur sans possibilité de s’échapper. [1. XVI §7]

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