Je le vois arriver au loin, du moins je le devine d’abord puis le discerne peu à peu, et au fur et à mesure qu’il approche je ne peux plus me tromper, c’est lui bien qu’il soit habillé très différemment du style que je lui connaissais…
— Dom’, quel plaisir ! Qu’est-ce que c’est que toutes ces couleurs sur toi ?

— La preuve que je suis heureux et que je n’ai pas envie de le cacher. Comment vas-tu ?

— Ça dépend à qui je me compare… Plutôt bien si je fais la moyenne. Qu’est-ce que tu deviens, dis-donc, tu me parais changé.

— Sans doute. Je me suis trouvé.Plein de choses ont changé depuis la dernière fois où l’on s’est vus !

Mon banquier a l’air euphorique, son regard est brillant, ses gestes amples et rapides, je croirais voir devant moi un homme nouveau.

Ancien banquier, l’ami : j’ai quitté mon travail ! J’ai démissionné !

— Quoi ?

— Oui, j’ai laissé tomber tout ceci. J’ai aussi quitté la maison de mes parents et revendu la 404.

— Et où vis-tu ? Que fais-tu désormais ?

— Tiens je n’ai pas oublié tes livres : Mallarmé et Casanova. Je t’ai rapporté à mon tour de la lecture : des livres de philosophes indiens.

Je prends les livres qu’il me tend, les miens que je reconnais et puis ceux qu’il veut me faire découvrir, colorés et saturés de symboles pour moi ésotériques.

­— Tu connais la philosophie indienne ?

— Pas vraiment, Dom’. Les grandes lignes, et quelques clichés sur la métempsychose, sujet qui m’intéresse d’ailleurs…

— Tu devrais explorer plus avant cette voie, c’est extraordinaire ! J’ai découvert une nouvelle philosophie de vie plus belle et enrichissante que celle qui était la mienne avant. Je n’ai plus rien, et, tu vois, je me suis plus riche qu’avant, détaché de mes boulets. Je suis maintenant épanoui, heureux, volant dans le flot de la vie avec des ailes que j’ai appris à déployer.

Ma Bande Sonore