La porte a craqué. Mais personne n’entre. Sans doute ont-ils peur que je sois armé. Je le suis. A la première tête passée dans la brèche qu’ils ont réussi à faire dans mon domicile où même les plus belles femmes de Santiago ne sont pas entrées, je jette les 2000 pages du premier volume des Œuvres de Karl Marx en Pléiade. Mouvement, un deuxième : Marx termine sa course dans la rue, sans avoir cogné le casque d’aucun de mes assaillants. Au deuxième faciès qui se présente c’est le deuxième tome, et 112 pages de plus, acheté quelques temps avant de partir de France, …qui cette fois-ci s’écrase contre le mur de l’entrée. Maladroit, couillon, merde ! Je sens les hommes commencer à s’agiter, ils viennent sans doute de comprendre que je ne suis armé que de culture et de lectures, il me faut alors redoubler d’effort pour que mon dernier baroud d’honneur soit le plus digne possible. “Ça c’était Marx, en français, édition de référence ! J’ai aussi du Carl Schmitt : vous lisez l’allemand, crânes de piaffes?” Et par chance le livre qui a le plus heurté les quelques croyances que j’aie, rebondit enfin sur un des militaires qui entre en courant pour m’attraper. Foucault ne m’aide pas beaucoup à retarder leur course et en deux mouvements, sur l’air d’« Estuans interius », soit après 24 minutes de résistance héroïque environ, je me retrouve par terre immobilisé par deux hommes, pendant que leur chef, de rage, m’injurie et me donne des coups pieds dans les côtes et qu’un autre arrête la musique. [4. IV §2]

Ma Bande Sonore