Cordons industriels

Les cordons industriels furent des organes collectifs de démocratie ouvrière mis en place par certains secteurs de la classe ouvrière, d’influence marxiste ou socialiste, en 1972, comme le Cordon Cerrillos Maipú (juin 1972), et dont le développement se fit très fort dès la première grève des patrons, en octobre 1972, avec la création des cordons Vicuña Mackenna ou O’Higgins et des Commandos Communaux Gare Centrale et Renca à Santiago, mais aussi à Concepción, dans le port de Valparaíso, dans l’industrie électronique d’Arica ou à Punta Arenas. Chaque cordon consistait en la réunion des travailleurs d’entreprises ou de fabriques d’une même zone géographique, qui mutualisaient leur capacité productive par échange ponctuel de ressources matérielles ou humaines (tentant de pallier le manque d’ingénieurs et de cadres alors eux-aussi en grève) et en assurant en commun les tours de garde de leur outil de travail pour les sauvegarder du sabotage de groupes armés comme Patrie et Liberté. Les cordons concernaient la production et avaient pour équivalents (ceux-ci étant néanmoins plus encadrés par l’Etat et le ministère de l’économie) au niveau de la distribution les Juntes d’Approvisionnement et de (contrôle) des Prix, et les Conseils Communaux des Agriculteurs dans les campagnes. Au moment du coup d’Etat, le 11 septembre 1973, on comptait 31 cordons, dont 8 à Santiago du Chili.

Le caractère spontané de ces organisations, parfois aussi pragmatiques qu’idéologiques – puisque les relations de travail, la hiérarchie, ou la division du travail y étaient remis en question et débattues – en font une réalité variable d’un cordon à l’autre et une existence plus ou moins réelle :

Il y eut assurément plus de rhétorique et de manipulation que de fruits réels, puisque dans la pratique  ils ne purent apporter ce que l’on attendait d’eux, contribuant souvent à créer des conflits tant avec l’opposition qu’au sein de la gauche, qu’à résoudre les problèmes. [Israel Zipper 2006, 142]

Bibliographie

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