Augusto Pinochet : un homme obséquieux pendant l’Unité Populaire

L’attitude de soumission d’Augusto Pinochet était même parfois gênante. Le dernier ministre de la Défense de l’Unité Populaire, Orlando Letelier (…) fera part de son embarras à Ariel Dorfman : « j’étais mal à l’aise. Ce Pinochet voulait me porter ma serviette. Un général ! Il voulait m’aider à enfiler mon manteau. Il me rappelait ces garçons coiffeurs dans les salons à l’ancienne. Ceux qui, après t’avoir fait une coupe, te passent une petite brosse pour enlever les cheveux de tes vêtements et après attendent un pourboire. »[1].

D’autres témoignages confirment cette soumission ostensible. Ainsi le couple Pinochet n’hésitait pas à afficher son amitié avec José Tohá González [2] et son épouse. Ils iront jusqu’à organiser dans leur propre maison une fête de l’amitié en leur honneur, pour rendre hommage à leur « amitié ». […] L’attitude du futur homme fort du Chili à l’égard des hommes incarnant le pouvoir constitutionnel, faite de respect, voire de servilité, contraste avec son comportement après son arrivée au pouvoir. […] Rien dans son comportement ne pouvait laisser imaginer ses futurs agissements. […]

Orlando Letelier rapporte également l’attitude de Pinochet le 22 août 1973, au cours d’un repas organisé à la résidence présidentielle de la rue Tomás Moro. Le président Allende avait invité à sa table onze généraux dont les épouses n’avaient pas participé, la veille, à la manifestation contre le général Carlos Prats, ministre de la Défense. « A cette occasion Pinochet a essayé de faire étalage non seulement de sa loyauté au président, mais de son amitié personnelle avec le général Prats. Ainsi que de ses efforts pour renforcer la ligne constitutionnaliste… » Dans ses Mémoires, le général Prats confirme le double jeu[3] de son ancien adjoint. Au moment où il prend la décision de se retirer, il dit espérer que le nouveau commandant en chef, « parviendra à soustraire l’armée à l’aventure putschiste imminente. »
Marc Fernandez et Jean-Christophe Rampal, Pinochet. Un dictateur modèle, 58-60

  1. [1]DORFMAN Ariel, [2002] Más allá del miedo : El largo adiós a Pinochet, Madrid, Siglo Veintiuno Editores
  2. [2]Ministre de la Défense sous l’UP et ami de Salvador Allende
  3. [3]Et s’il était tout simplement sincère à ce moment-là ? Et non pas en train de feindre, comme Pinochet a voulu le faire croire par la suite, soutenant qu’il était un complotiste clandestin “infiltré” chez les légalistes pour mieux tromper l’ennemi… Thèse que ses détracteurs acceptent volontiers de croire, pour noircir son personnage.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *